CARTE MENTALE

 

LA JUSTICE

 

On dit souvent que la Justice n’est pas juste mettent en lumière le double sens du terme justice.

Le terme justice possède deux sens principaux :
La justice juridique ou institutionnelle (Justice) : elle désigne l'ensemble des institutions chargées de faire respecter les lois (tribunaux, juges, sanctions).
La justice morale  c’est le fait de rendre à chacun ce qui lui est dû (Cicéron), à chacun ce qu’il mérite.

Mais cette définition soulève immédiatement une difficulté : qu'est-ce qui est réellement dû à chacun ?

Problématisation :

Pour déterminer ce qui est juste, on peut d'abord se tourner vers la loi (juste = légal) Cependant, les lois peuvent elles-mêmes nous paraitre injustes (illégitimes) ou mal appliquées.

On peut alors se référer à la conscience morale. Mais, dans ce cas, on risque de juger à partir de critères subjectifs, influencés par ses opinions ou ses intérêts.

La question devient donc la suivante : sur quels critères peut-on fonder une justice véritable ?

 

I. Les critères de la justice : égalité et équité

La justice concerne principalement des questions de distribution : droits, richesses, honneurs, sanctions. Le problème central devient : comment répartir de manière juste ?

1. Premier critère : l’égalité

L'égalité consiste à donner la même chose à tous. Exemple : l'égalité devant la loi.

Avantages : elle garantit l'impartialité et évite les privilèges arbitraires.

Limite : traiter tout le monde de la même manière peut être injuste lorsque les situations sont très différentes (ex. : appliquer la loi avec la même rigueur alors que les situations diffèrent).

2. L’équité

L'équité consiste à distribuer en tenant compte des différences entre les situations.

Une répartition inégale peut alors être plus juste si elle permet de corriger une inégalité de départ.

L'équité repose principalement sur deux logiques :
• donner en fonction du besoin
• donner en fonction du mérite

La difficulté consiste à déterminer les besoins réels et à définir ce qui mérite effectivement d'être récompensé.

Aure question possible : le fait d'avoir besoin de quelque chose justifie-t-il toujours qu'on nous le donne ?

 

II. Les domaines de la justice

Pour répondre à la question « l'égalité est-elle juste ? », il faut distinguer plusieurs domaines.

1. L’égalité des droits

L'égalité des droits consiste à accorder les mêmes droits à tous les individus, indépendamment de leurs différences de richesse, d'origine, de sexe, etc. (ex. : le droit de vote).

Cette idée a été fortement affirmée par les philosophes des Lumières.

Cependant, cette conception est relativement récente. Dans l'Antiquité, on considère souvent qu'il existe des différences de nature entre les individus.

Exemple : les défenseurs de l'esclavage soutenaient que certains êtres humains seraient naturellement destinés à être dominés.

Chez Platon, on trouve une organisation de la « cité idéale » fondée sur des différences naturelles entre les individus : artisans, gardiens, philosophes.

Ainsi l'égalité des droits apparaît comme une conquête historique majeure mais reste un idéal à réaliser. (ex égalité hommes/ femmes ; droits des minorités).

2. L’égalité des conditions

Elle concerne les inégalités matérielles (revenus, richesse, niveau de vie).

• Argument en faveur : des inégalités trop fortes créent de l'injustice et des rapports de domination.
• Argument contre : une égalité trop poussée peut décourager l'effort.

Elle pose donc un problème d'équilibre entre justice et efficacité.

3. L’égalité des chances

Elle consiste à garantir que chacun puisse accéder aux mêmes opportunités.

Exemples : accès à l'éducation, concours, politiques de compensation (bourses, discrimination positive).

Mais, en pratique, elle reste difficile à réaliser.

 

III. La théorie de la justice de John Rawls

Dans les années 1970, le philosophe américain John Rawls publie son œuvre Théorie de la justice qui aura un retentissement important. Sa pensée s’oppose aux principes de l’utilitarisme qui dominait la pensée de l’époque.  L’utilitarisme repose sur le principe de « maximiser le bonheur » du plus grand nombre. Cependant lorsqu’il est appliqué sans limite celui reviendrait à sacrifier une minorité au bonheur de la majorité , ce « sacrifice » est contraire aux principes d’égalité des droits selon Rawls.

1. Le voile d’ignorance

Rawls imagine une situation où des individus choisissent les règles de la société sans connaître leur future position sociale.

Cela garantit une décision impartiale.

2. Les deux principes de justice

a) Principe de liberté
Tous doivent disposer des mêmes libertés fondamentales.

b) Principe de différence
Les inégalités ne sont justes que si :
• elles profitent aux plus défavorisés (par le mécanismes des impôts)
• elles respectent l’égalité des chances

 

IV. Comment appliquer la justice ?

Savoir définir l’idée de justice est nécessaire mais pas suffisant pour  l’établir de façon réelle.

1. La vengeance : se faire justice soi-même

Le désir de vengeance peut sembler légitime. Cependant la vengeance est très tôt codifiée : Exemple : la loi du talion dans le Code de Hammurabi (vers 1750 av. J.-C.).

De plis la vengeance entretient un cercle de violence conduisant à la vendetta permanente.  Comme le souligne Hegel, elle prolonge le conflit. Il faudrait donc s’en remettre à la justice institutionnelle.

 

2. La loi

La loi permet pourrait permettre d’assurer une justice impartiale. Mais elle peut être injuste et exprimer le « droit du plus fort ».

Exemples : Code noir, lois ségrégationnistes, lois de Vichy.

 

3. La notion de droit

Le droit permet d’articuler légalité et légitimité.

Le droit positif : lois en vigueur.
Le droit naturel : principes universels de justice.

 

L’opposition droit naturel / droit positif

Exemple : Antigone désobéit à Créon au nom de lois supérieures.

Conclusion : la légalité ne suffit pas à garantir la justice.

Cependant, les droits naturels ont été intégrés au droit positif, notamment avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

 

Les fondements du droit naturel

• Fondement religieux (Antigone)
• Fondement rationnel (Aristote, Cicéron)

 

4. La désobéissance

a) Désobéissance civile
Refus non violent d’obéir à une loi injuste (Thoreau).

b) Contestation violente
Référence : Frantz Fanon.

 

Conclusion

 La justice ne se réduit pas à l'application  de la loi, ni à une simple opinion morale individuelle. Elle suppose une réflexion le plus souvent collective sur les critères de répartition, sur les différents domaines de l'égalité, sur la légitimité des inégalités.   La notion de droit et son évolution peut alors fournir la clé qui permet de réunir d’un côté des principes moraux et d’autre part la force de la loi.

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Lexique

Justice : principe moral et juridique qui consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû.

Justice distributive : manière de répartir les biens, les droits et les charges dans une société.

Égalité : principe qui consiste à traiter tous les individus de la même manière.

Équité : principe qui consiste à adapter la règle aux situations particulières pour être plus juste.

Mérite : idée selon laquelle chacun doit recevoir en fonction de ses efforts ou de ses capacités.

Besoin : principe selon lequel chacun doit recevoir en fonction de ce qui lui est nécessaire pour vivre dignement.

Égalité des droits : fait que tous les individus possèdent les mêmes droits fondamentaux.

Égalité des conditions : réduction des inégalités matérielles.

Égalité des chances : fait que tous doivent avoir les mêmes opportunités de réussite.

Droit positif : ensemble des lois en vigueur dans une société.

Droit naturel : ensemble de principes de justice universels, valables indépendamment des lois.

Légalité : conformité à la loi.

Légitimité : caractère de ce qui est moralement justifié.

Voile d'ignorance : situation imaginée par Rawls dans laquelle on choisit les règles sociales sans connaître sa position future.

Principe de liberté : chez Rawls, égalité des libertés fondamentales.

Principe de différence : chez Rawls, les inégalités sont justes seulement si elles profitent aux plus défavorisés.

Désobéissance civile : refus non violent d'obéir à une loi jugée injuste.

Justice sociale : idée d'une société qui organise la répartition des richesses de manière équitable.

Utilitarisme : doctrine selon laquelle une action est juste si elle produit le plus grand bonheur du plus grand nombre.

Méritocratie : système dans lequel les positions sociales sont attribuées selon le mérite.

 

 

 Sujets de dissertation possibles

·       La justice consiste-t-elle à traiter tout le monde de la même manière ?

·       Faut-il toujours obéir aux lois ?

·       La justice doit-elle prendre en compte le mérite ?

·       Peut-on fonder la justice sur l'intérêt général ?

·       Les inégalités peuvent-elles être justes ?

·       La justice sociale est-elle compatible avec la liberté ?

·       La désobéissance civile peut-elle être justifiée ?

·       Peut-on définir la justice indépendamment du droit ?

 

 

Exercices